Plongée au cœur de l’Art brut à Lausanne : une rencontre exceptionnelle avec des artistes d’exception issus des marges

Plongée au cœur de l’Art brut à Lausanne : une rencontre exceptionnelle avec des artistes d’exception issus des marges

En 2026, Lausanne célèbre les 50 ans de sa Collection de l’Art brut. Cette année anniversaire est l’occasion d’une rencontre unique avec des artistes singuliers, longtemps restés en marges de l’histoire de l’art. Leur créativité brute interroge notre regard et notre rapport à la culture.

50 ans d’Art brut à Lausanne : l’exposition anniversaire à ne pas manquer

La Collection de l’Art brut a ouvert ses portes en 1976 grâce au peintre Jean Dubuffet. C’était la première institution publique entièrement dédiée à cette forme d’expression. Aujourd’hui, elle conserve plus de 70 000 œuvres et attire 40 000 visiteurs chaque année.

Pour ce demi-siècle, l’exposition « Art brut en Suisse » réunit trois cents œuvres. Ce choix rend hommage à un pays où tout a commencé, loin des clichés d’une Suisse trop policée. Les murs noirs contrastent avec les white cubes traditionnels des musées.

50 ans d'Art brut à Lausanne
  1. 1895

    Adolf Wölfli est interné à la Waldau et commence une œuvre monumentale de 25 000 pages.

  2. 1918

    Aloïse Corbaz, internée, dessine en secret sur des matériaux récupérés.

  3. 1947

    Jean Dubuffet découvre les créations d'Aloïse et théorise l'Art brut.

  4. 1976

    La Collection de l'Art brut ouvre à Lausanne, première institution publique dédiée.

  5. 2026

    L'exposition « Art brut en Suisse » célèbre les 50 ans avec 300 œuvres.

300 œuvres pour un panorama suisse

Dessins, peintures, broderies, assemblages : la diversité des pratiques étonne. L’accrochage puise dans le fonds historique donné par Dubuffet et dans les acquisitions récentes. Il met en lumière des créateurs majeurs, parfois méconnus du grand public.

  • 🖼️ Adolf Wölfli : 25 000 pages d’une œuvre monumentale, entre dessins obsessionnels et écritures inventées.
  • 👩‍🎨 Aloïse Corbaz : des femmes aux yeux bleus sans prunelle, des couples enlacés, un monde à part.
  • 🌾 Hans Krüsi : ouvrier agricole devenu artiste, il peint souvenirs ruraux et animaux avec une fraîcheur rare.
  • 🐦 Heinrich Anton Müller : des créatures imaginaires tracées au crayon sur des papiers recyclés, cousus ou collés.

Chaque salle dévoile une voix singulière, sans compromis, sans souci du regard d’autrui. C’est ce choc esthétique qui fit dire à Dubuffet que l’Art brut était une « opération artistique toute pure ».

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Rencontre avec les figures majeures de l’Art brut

L’exposition offre une rencontre émouvante avec des destins hors normes. Aloïse Corbaz et Adolf Wölfli incarnent à eux seuls cette créativité jaillie de l’intime, souvent derrière les murs d’un asile.

Aloïse Corbaz, l’imaginaire au crayon

Née à Lausanne en 1886, Aloïse rêvait de devenir cantatrice. Elle devient couturière, puis gouvernante à la cour de Prusse, où elle développe une passion amoureuse imaginaire pour l’empereur Guillaume II. Internée en 1918, elle commence à dessiner et à écrire en secret sur des matériaux récupérés.

Ses œuvres, découvertes par Dubuffet en 1947, sont peuplées de femmes élégantes, de fleurs et de cœurs. Un univers baroque et joyeux, mais traversé d’une inquiétante étrangeté. Aloïse reste une figure centrale de l’Art brut, exposée jusqu’à la Biennale de Venise en 2024.

Adolf Wölfli, l’œuvre totale

Originaire du canton de Berne, Adolf Wölfli connaît une enfance marquée par l’abandon et l’orphelinat. Interné à la Waldau en 1895, il y reste jusqu’à sa mort. Il produit une œuvre de 25 000 pages, mêlant dessins obsessionnels, collages, partitions et récits où l’on retrouve son autoportrait masqué.

Son travail monumental interroge la frontière entre folie et génie. Wölfli ne cherchait ni à plaire ni à convaincre. Il créait pour survivre, pour construire un monde dont il était maître. Cette puissance expressive reste intacte aujourd’hui.

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L’Art brut aujourd’hui : un héritage en mouvement

L’Art brut n’est plus confiné aux collections historiques. Il circule, se expose et se pratique dans de nombreux lieux. La reconnaissance internationale s’est affirmée, mais les artistes contemporains continuent de travailler à l’écart des circuits officiels.

Des artistes actuels qui prolongent la flamme

Le Belge Irène Gérard peint à La « S » Grand Atelier de Vielsalm. Ses portraits décomposés puis recomposés évoquent les vitraux ou l’univers de Francis Bacon. L’écrivaine Joy Sorman a passé un an à ses côtés, pour un livre intitulé La vie brute, paru en cette rentrée.

Les lieux d’accueil se multiplient, des institutions publiques aux ateliers partagés. Les artistes d’aujourd’hui ne sont plus nécessairement internés. Les médicaments et les politiques de réinsertion ont transformé les conditions de création. L’expression reste libre, parfois fragile, toujours intense.

Une reconnaissance internationale

L'Art brut s'expose au-delà des frontières suisses. On le trouve au Lam de Villeneuve-d’Ascq, au musée du docteur Guislain à Gand, à l’Art & marges musée de Bruxelles, au Trinkhall museum de Liège. La « S » Grand Atelier a même investi le BPS22 fin 2025.

Cette dissémination prouve que l’Art brut est entré dans l’histoire de l’art, sans perdre son pouvoir de dérangement.

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Écrits d’Art brut à la Fondation Jan Michalski

À quelques kilomètres de Lausanne, la Fondation Jan Michalski propose une autre plongée dans l’Art brut. Elle expose des lettres et des journaux intimes d’artistes autodidactes. Ces écrits, souvent accompagnés de dessins, bousculent les normes de l’écriture littéraire.

La canopée de béton, un écrin pour la littérature

Le bâtiment, conçu par les architectes Vincent Mangeat et Pierre Wahlen, impressionne par son toit ajouré en béton. Les piliers évoquent une forêt qui poursuit les pentes du Jura. En dessous, une bibliothèque sur cinq niveaux, un auditorium, un café-librairie et une piazza offrent une vue spectaculaire sur le lac et les Alpes.

Créée en 2004 par Vera Michalski-Hoffmann, la fondation encourage la création littéraire et le goût de lire. Elle perpétue l’héritage de Jan et Vera Michalski, fondateurs des éditions Noir sur Blanc en 1986, à l’origine du groupe Libella.

Des résidences d’écrivains au milieu des arbres

La fondation est célèbre pour ses résidences d’écrivains, ouvertes à toutes les langues. Sept appartements sont accrochés à la canopée, chacun imaginé par un grand architecte, comme Alejandro Aravena, Marcio Kogan ou Kengo Kuma. Environ 3 000 candidatures affluent chaque année pour quelques semaines de création.

En 2026, soixante-sept écrivains venus de vingt-neuf pays seront accueillis. Une huitième cabane sert de lieu de vie commune. Cette expérience, réputée formidable et féconde, montre que l’Art brut a ouvert une brèche dans notre manière de penser la culture.

  • 📍 Collection de l’Art brut – Lausanne, Suisse
  • 📍 Fondation Jan Michalski – Montricher, Suisse
  • 📍 LaM – Villeneuve-d’Ascq, France
  • 📍 Musée du docteur Guislain – Gand, Belgique
  • 📍 Art & marges musée – Bruxelles, Belgique
  • 📍 Trinkhall museum – Liège, Belgique
  • 📍 La « S » Grand Atelier – Vielsalm, Belgique
Visite du Musée de l'Art Brut avec Vincent Perez, dans le cadre des Rencontres 7e Art Lausanne

L’Art brut continue de tracer sa route. À Lausanne, l’exposition anniversaire et les Écrits de la Fondation Jan Michalski montrent que cette expression des marges interroge encore notre rapport à l'art, à l’écriture et à la norme.

Ce qui inquiète vraiment les lecteurs

C'est quoi exactement l'Art brut ?

Une expression inventée par Jean Dubuffet pour désigner des œuvres créées en dehors des circuits officiels, souvent par des personnes marginalisées ou internées.

Où voir cette expo anniversaire ?

À Lausanne, à la Collection de l'Art brut. C'est l'institution historique fondée par Dubuffet, avec une scénographie qui tranche avec les musées classiques.

Est-ce que les artistes sont toujours internés aujourd'hui ?

Pas forcément. Les conditions de création ont changé, beaucoup travaillent dans des ateliers partagés, comme Irène Gérard à Vielsalm.

Ça vaut le coup si je ne connais pas l'Art brut ?

C'est même le meilleur moment. L'expo donne des repères clairs et des rencontres fortes avec des œuvres uniques.

Et de votre côté, comment ça se passe ? On vous écoute

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5 commentaires

  1. Je ne connais rien à l’art mais ces œuvres brutes m’émerveillent. Quelle imagination et quelle patience!

  2. Les broderies et papiers cousus me fascinent. Belles matières, gestes bruts. Une expo à voir absolument.

  3. Merci Manon pour cet article, les broderies d’Aloïse Corbaz m’ont particulièrement touchée.

  4. Les broderies et les papiers cousus me parlent: belle matière, beau respect du geste artisanal.

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